Récapitulatif économique de 2022

L’année 2022 nous a réservé quelques surprises, mais, bonne nouvelle, elle est maintenant derrière nous. COVID, inflation, récession et volatilité, faits marquants et leçons à tirer, Sébastien Mc Mahon et Marc Gagnon font un retour sur l’actualité des douze derniers mois.

Ashleay : 2022 nous a réservé quelques surprises et les économistes ont été bien divertis. L'année tirant à sa fin, c'est le moment de jeter un regard sur les douze derniers mois. Mon nom est Ashley. Je suis en compagnie de Sébastien Mc Mahon, notre stratège en chef et économiste sénior chez iA Groupe financier, ainsi que de Marc Gagnon, vice-président, gestionnaire de portefeuilles, actions nord-américaines de iA Groupe financier. Sébastien, Marc, merci de vous joindre à nous aujourd'hui.

Sébastien : Salut Ashleay.

Marc : Bonjour Ashleay.

Sébastien : Merci Marc d'être là, en passant. Ça fait quelques semaines qu'on essaie ça, d'avoir des invités avec nous, puis d'avoir quelqu'un comme toi, qui est gestionnaire de portefeuilles d'actions canadiennes depuis longtemps et surtout qui est qualifié comme un des meilleurs au Canada. Tu as eu une récompense cette année. Puis, on le souligne beaucoup, je sais que tu es quelqu'un de très humble, mais on veut te féliciter encore une fois pour tes performances hors pair Marc.

Marc : Merci beaucoup Sébastien. Ça me fait beaucoup plaisir d'être ici aujourd'hui pour faire ce balado. C'est une belle expérience pour moi.

Ashleay : Alors, messieurs, comment est-ce qu'on qualifie l'année qui vient de se passer?

Sébastien : Bien, j'aime ça donner des thèmes aux années. Je dirais que 2020, bien sûr, c'était l'année du virus, donc notre vie a changé, où tout s'est arrêté en 2020. En 2021, on peut dire que c'était l'année du vaccin ou de la grande réouverture. Donc, on est en train de retourner progressivement à la normale, malgré que ce soit difficile de qualifier 2021 comme une année normale. Mais je vous dirais qu'en début d'année, quand j'avais donné un thème à l'année 2022, je pensais que ce serait l'année de l'incertitude. Je ne me suis pas trompé là-dessus. Mais je pense que le meilleur thème pour bien définir l'année 2022, à mon opinion, ça serait peut-être plus que c'était l'année de la gueule de bois, des effets secondaires de tout ce qu'on a vécu comme cocktail postCOVID, qu'on parle de politique monétaire, de politiques fiscales, de prix des maisons, de taux d'intérêt. Je vous dirais qu'il y a eu lieu d'avoir mal au cœur en 2022.

Marc : Ah oui, tu as extrêmement raison Sébastien, toute une gueule de bois! C'est incroyable le coût de l'argent. Les banques centrales ont tellement baissé le coût du crédit, l'argent était pratiquement gratuit, le crédit en tout cas. Aussi, les gouvernements, on sait, ils ont donné beaucoup d'argent à monsieur Tout-le-monde. C'est sûr qu'on avait une situation spéciale. C'était peut-être bien de le faire parce qu'on ne savait pas trop, ce virus-là, ça allait nous mener où. Aujourd'hui, on sait qu'on en est quand même assez sortis, mais là c'est le temps de payer, c'est le temps de payer pour ces conditions-là, accommodatives, qui nous coûtent aujourd'hui beaucoup d'inflation.

Sébastien : Oui, tout à fait ça. Puis je dirais que la réaction des gouvernements était loin d'être parfaite et personne ne le savait d'avance. Les économistes du secteur privé, on se faisait sonder par les autorités pour dire ce qu'on devrait faire. On avait des conseils à donner, mais en même temps, on était contents que ce n’était pas nous autres qui prenaient les décisions parce que ce n'était pas évident. Mais je dirais que 7/ 8 % d'inflation en 2022, puis la volatilité qu'on a là, ça fait beaucoup moins mal qu'une dépression économique qu'on aurait pu vivre si les gouvernements n’avaient rien fait.

Marc : C'est ce que je crois aussi. C'est ce que je crois aussi.

Ashleay : Puis c'est difficile de parler de 2022, évidemment, comme on vient de le dire, sans parler du COVID. Alors, Sébastien, peux-tu peut-être nous en parler un petit peu plus?

Sébastien : Oui, bien, tout à fait, le COVID, on a encore beaucoup de cas. On enregistre ça, le 5 décembre 2022. Aujourd'hui, des cas il y en a beaucoup. Personnellement, j'ai attrapé la COVID dans les dernières semaines donc, je le sais, je sais moi-même que ce n’est pas terminé, mais si on se projette, on revient dans le passé, en début d'année, en janvier, bien, les banques centrales prenaient encore leur temps. Parce qu'il ne faut pas oublier que quand l'année a commencé, du moins au Québec, on avait encore des restrictions, il y avait encore des mesures, puis il s'est perdu beaucoup d'emplois au Canada en janvier 2022, parce que l'économie était en bonne partie fermée. Puis, même si plusieurs économistes, plusieurs observateurs, on voyait l'inflation monter, bien, avec la pandémie qui continuait de se répandre, puis les emplois qui se perdaient, c'était normal que les banques centrales voulaient peut-être attendre au moins que la poussière retombe, attendre un petit peu plus loin. Donc, même si on a eu le pic des cas quelque part en fin janvier, le temps que les données économiques se publient et que le calendrier des banques centrales s'enligne, bien, on a commencé à agir du côté des banques centrales, à resserrer la politique monétaire, au mois de mars. Donc, la COVID a joué un rôle important pour l'impulsion de l'inflation en début 2020.

Marc : Oui, c'était Omicron qui arrivait. Puis Omicron nous a tous surpris par sa virulence. Les cas ont augmenté rapidement en Amérique du Nord, un peu partout dans le monde même, et c'est vrai que ça a donné un petit peu une espèce de faux départ à 2022 d'une certaine façon. Les choses se sont résorbées. Il reste deux volets, je pense, intéressants quand on parle de la COVID. Je vais sûrement y revenir. C'est l'impact de la COVID longue. Pour moi, c'est quand même un facteur important. Il y a encore des gens qui sont affectés trois, six mois, neuf mois après par des symptômes. La valeur productive de ces gens-là, elle n’est pas revenue, souvent. Alors, ça, il va falloir en tenir compte, je crois, dans nos visions futures. Et l'autre chose, aussi, bien, on parle que dans bien des pays, ça va mieux. Oui, les cas vont probablement remonter. D'ailleurs, on les voit remonter aux États-Unis. Je voyais une statistique ce matin, c'était reparti au niveau des hospitalisations. Mais il y a un pays qui n'est pas sorti encore. Puis ça, ça va être bien intéressant d'en discuter, c'est la Chine. Puis ça, c'est un joueur très important, comme on le sait.

Sébastien : Tout à fait. Et le reste du monde, comme tu dis, on a rouvert en majeure partie. Ça ne veut pas dire qu'on est revenu à la vie d'avant, mais on a rouvert en majeure partie. Mais en Chine c'est encore une politique COVID zéro qui est très stricte. Ça veut dire qu'il y a des gens qui se font envoyer dans des camps de quarantaines avec des gardes armés. On a vu des images à la télévision, des gens qui manifestent dans les rues. On parle d'éventuellement que le gouvernement chinois pourrait relâcher un peu les mesures. On pourrait en discuter quand on regardera devant en 2023, parce que ce n’est probablement pas une histoire de 2022 tout ça. Mais aussi, quand tu parlais des États-Unis, je voyais ce matin que les gens qui ont un emploi, mais qui ne vont pas travailler parce qu'ils sont malades, c'est des sommets historiques aujourd'hui, pas en début d'année, aujourd'hui. Donc, on voit qu'il y a encore de tout ça qui est un vent de face pour l'économie. Donc la COVID va probablement continuer à teinter l'économie mondiale pendant encore une ou des années malheureusement.

Ashleay : Effectivement. Et c'est quand? Quand est-ce que vous pensez messieurs, que le monde va être complètement dans l'ère postCOVID?

Marc : Je crois qu'on ne sera jamais dans l'ère postCOVID. Je crois qu'on va réaliser des choses avec la COVID; c'est un peu notre fragilité par rapport à tous ces virus-là. La COVID va continuer d'évoluer. Selon des modélisations qu’on a faites, le virus va devenir de plus en plus contagieux. Il y a jusqu'à, je crois, 227 mutations possibles dans la famille Omicron. Et c'est ce qui était déjà un peu prévu en début d'année, c'est que, au lieu qu'on change de Delta et de Bêta, Delta, tout sur les variants précédents qui étaient passablement différents, on va vraiment s'approfondir dans Omicron. Il va devenir de plus en plus facile à attraper, va devenir éventuellement qu'un rhume, mais je pense, puis j'espère qu'on n’oubliera jamais, qu'il faut être préventif de ce côté-là. On aurait pu faire un vaccin antiCOVID il y a déjà de nombreuses années de ça. On a abandonné parce qu'on ne voyait pas la rentabilité à court terme de l'exercice. J'espère qu'on va avoir un petit peu plus une vision à long terme à l'avenir.

Sébastien : Puis, tu sais, je suis d'accord avec toi qu'on va, on ne changera jamais d'ère. Puis c'est un peu comme le 11 septembre 2001, tu sais, le post-11 septembre 2001, il y a des considérations de sécurité nationale que maintenant on a appris à vivre avec. On ne les voit plus, mais le monde a changé. Puis on va, on ne reviendra probablement jamais complètement dans l'ère préCOVID.

Ashleay : Effectivement. Puis, bon, il semble que l'inflation ait volé la vedette, pardon, en 2022. Je ne me souviens pas d'avoir autant entendu parler d'inflation de mon vivant du haut de mes 34 ans.

Sébastien : Oui, puis même du haut de mes 43 ans maintenant, moi non plus, parce que la dernière fois qu'on a vu de l'inflation comme ça, il y en avait un peu dans le début des années 90, mais faut aller dans les années 80, puis dans les années 80, il y avait la poussée de l'inflation des années 70. L'histoire de l'inflation, il faut vraiment penser qu’il y a trois sortes d'inflation. Il y a la poussée des coûts, puis c'est ce qu'on a vécu en premier; les chaînes d'approvisionnement qui étaient devenues toutes déboussolées, toutes décoordonnées, les frais de transport qui augmentaient. Et on s'est rendu compte que, bien, pour produire une auto, ça prend des pièces qui viennent de certaines régions d'Asie. Puis, s'il y en a une qui ferme, bien, là, ça vient tout déboussoler la chaîne d'approvisionnement. Donc, ça, c'est la bonne nouvelle, c'est que c'est en majeure partie derrière nous, les frais de transport sont revenus. Donc cette poussée-là, du côté des coûts, est plus faible. Du côté de la demande excédentaire, les gens qui ont plus d'argent dans leur poche, il y en a encore, mais là on voit que l'inflation est en train de gruger le pouvoir d'achat de tout le monde. On en a parlé amplement dans des balados précédents. Ça, c'est encore là, c'est en train de diminuer. Mais là, c'est vraiment l'inflation qui est intrinsèque, qui s'installe par les attentes inflationnistes. C'est là l'os. Puis, pour briser cette spirale inflationniste là, si tout le monde s'attend à ce que l'inflation soit élevée, puis qui agissent en conséquence, ça fait en sorte que l'inflation se réalise d'elle-même. Bien là, les banques centrales ont encore beaucoup de chemin à faire. Puis probablement qu'on va parler d'inflation encore pendant la majeure partie, pas juste de 2023, mais peut-être de 2024 aussi.

Marc : Oui, je trouve ça intéressant, vous écouter parler, puis il y a eu deux à trois générations d'investisseurs qui n’ont pas connu, qui n'ont pas connu ça, de l'inflation comme on la vit là; une inflation qui fait un petit peu craindre une espèce de perte de contrôle. Comme tu as mentionné, quand les salaires veulent augmenter, là, puis qu'on crée une roue qui avance toute seule, une roue inflationniste, ça, il faut remonter loin. Pourtant, ce qui me fait un peu réfléchir, c'est qu'on est vraiment dans la base de l'économie, là. Tu mets trop d'argent dans l'économie, tu dévalues la valeur de l'argent, tu crées de l'inflation. C'est exactement ça que la pandémie nous a forcés à faire. Puis, là, les gens sont surpris aujourd'hui, puis c'est normal parce qu'on n'en avait pas eu, on n'avait pas perdu ce contrôle-là depuis fort longtemps, mais la pandémie a tellement été un événement extraordinaire. On a dû mettre tellement d'efforts pour éviter de tomber en dépression, comme tu as dit, Sébastien, qu'on se retrouve là où est-ce qu'on a réussi à faire revivre un monstre préhistorique qui s'appelle « l'inflation ». Puis on l'a tellement nourrie qu'on a failli perdre le contrôle. Je crois qu'on est en train de l'organiser. Mais ce qui n'a pas aidé, c'est la guerre en Ukraine. Elle est venue au mauvais moment. Je m'amuse des fois à dire que j'aimerais ça des fois faire un sondage : combien de gens auraient prévu que la Russie allait envahir l'Ukraine? Pas tant que ça. Puis, surtout, il n’y en a presque pas qui auraient prévu que l'Ukraine aurait tenu son bout puis qu'on serait encore, 280 jours plus tard en guerre, puis toute qu'une sérieuse guerre, malheureusement.

Sébastien : Oui, on pensait que ça durerait une semaine.

Marc : Oui, puis là, on est là et on a encore des impacts avec le prix du pétrole, le prix du gaz naturel en Europe, le prix de la nourriture, le blé, le maïs, les fertilisants. On est encore pris avec des impacts inflationnistes de cette guerre-là qui vient s'ajouter à tout le reste. Alors, ça, c'était l'événement imprévu de 2022 qui est venu un petit peu, là, en rajouter une couche sur ce qu'on n'avait pas besoin, déjà, là.

Sébastien : Puis, il ne faut pas oublier les changements climatiques. On en parle beaucoup comme si c'était bien théorique depuis toujours, mais là, maintenant, les sécheresses dans le monde, l'inflation dans les aliments, on est dedans et il faut s'attendre à ce qu'il y ait des surprises inflationnistes, à la hausse dans les prochaines années venant de ces facteurs-là sur l'alimentation. Probablement qu'on fait juste commencer à voir ça.

Marc : Parce que ça, ça frappe énormément. Le panier d'épicerie au Canada, c'est une hausse de 10 % cette année. Puis je lisais un article ce matin; on nous parle à l'année prochaine de 5 à 7 %, c'est mieux.

Sébastien : C'est 1 000 $ par famille en moyenne.

Marc : Oui

Sébastien : C'est beaucoup.

Marc : Oui, c'est ça. C'est mieux, mais c'est beaucoup encore. Alors, puis je pense que tu as raison de souligner qu'on est rendus là à un moment où les changements climatiques, ça veut dire des changements réels dans notre vie. Oui, ça va être aussi à réfléchir.

Sébastien : Tout à fait.

Ashleay : Merveilleux. Merci Marc, merci Sébastien. Alors, ça conclut la partie un de notre récapitulatif de 2022. On vous invite à la suite la semaine prochaine avec notre balado À vos intérêts!. À bientôt! Vous avez aimé cet épisode et vous aimeriez en apprendre davantage sur l'actualité économique? Abonnez-vous à notre balado À vos intérêts! disponible sur toutes les plateformes. Vous pouvez aussi visiter la page Actualités économique sur ia.ca et nous suivre sur les réseaux sociaux.

À propos

Sébastien Mc Mahon s’est joint à l’équipe économique de iA Groupe financier en janvier 2013. Au cours de sa carrière, M. Mc Mahon a occupé divers postes au sein d’institutions financières de premier plan, notamment au ministère des Finances du Québec et à l’Autorité des marchés financiers.

M. Mc Mahon agit également à titre de vice-président, allocation d'actifs, et gestionnaire de portefeuilles de notre filiale iA Gestion de placements inc. (iAGP), avec des actifs frôlant les 15 milliards de dollars. Enfin, M. Mc Mahon est aussi membre du comité d’allocation d’actifs de la firme.

Sébastien Mc Mahon et Marc Gagnon

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2023-02-03 11:48 HNE
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