Gestion du poids : passer de la couverture aux résultats
Pour améliorer la santé, soutenir la productivité et réduire le risque d’invalidité, les régimes d’assurance collective doivent miser sur un parcours de soins intégré.
Publié le 29 septembre 2026
Les employeurs ont plus d’influence qu’ils ne le croient sur les enjeux liés à la gestion du poids et à l’obésité : leur principal levier ne réside pas dans une simple amélioration des protections offertes dans le cadre des régimes d’assurance collective, ni dans un programme de bien-être ponctuel.
Il se trouve plutôt dans la capacité à faciliter assez tôt l’accès à un soutien structuré et continu.
L’obésité est une maladie chronique façonnée par divers facteurs médicaux, pharmacologiques, biologiques, psychologiques, environnementaux et sociaux, et sa prévalence ne cesse d’augmenter. En 2024, plus des deux tiers (68 %) de la population adulte canadienne de 18 à 79 ans souffrait d’un excès de poids ou d’obésité, en hausse de 13,3 % par rapport à 20161.
À mesure que les connaissances progressent et que les options thérapeutiques se multiplient, la discussion dépasse la seule question de la couverture d’assurance collective. Elle porte désormais sur la façon d’intégrer aux régimes une prise en charge efficace de l’obésité et sur les conséquences possibles d’un soutien partiel ou fragmenté.
Gestion de l’obésité : un engagement collectif
Une ressource essentielle qui peut aider les promoteurs de régimes d’assurance collective à bien soutenir leur personnel dans la gestion de cette maladie chronique et complexe.
Télécharger notre livre blancRepérer les risques avant l’invalidité
Les promoteurs surveillent déjà plusieurs coûts associés à l’obésité, notamment les demandes de remboursement de médicaments et les soins liés à l’apnée du sommeil, au diabète et aux maladies cardiovasculaires.
Mais les premières conséquences d’un surplus de poids ou de l’obésité apparaissent souvent bien avant les réclamations. Elles se manifestent dans les indicateurs de productivité. Nous constatons ainsi que plus le degré d’obésité est élevé, plus l’absentéisme et le présentéisme augmentent. À terme, le présentéisme peut évidemment se transformer en absentéisme.
Le présentéisme est plus difficile à mesurer que l’absentéisme puisque la personne demeure au travail. Les conséquences opérationnelles sont pourtant bien réelles. Par exemple, le présentéisme des personnes vivant avec l’obésité est en grande partie lié à des troubles du sommeil, alors que l’apnée obstructive du sommeil toucherait entre 40 % et 90 % des personnes en surpoids, selon la gravité de leur état de santé.
Une personne fatiguée, aux prises avec des difficultés de concentration ou des limitations physiques peut continuer à travailler, mais peut être moins productive ou nécessiter un soutien accru. Ces signes sont parfois interprétés comme des problèmes de comportement ou de gestion, alors qu’ils peuvent plutôt révéler un enjeu de santé.
Le présentéisme ne mène pas automatiquement à l’invalidité, mais peut signaler des problèmes de santé qui augmentent le risque d’absence prolongée. Dans ce cas, l’obésité n’apparaît pas nécessairement comme la cause première d’une invalidité. Elle peut néanmoins contribuer à plusieurs affections qui ont déjà une incidence sur les coûts et l’invalidité : hypertension, diabète de type 2, arthrose, maladies cardiovasculaires, troubles musculosquelettiques et troubles de l’humeur. Elle peut ainsi modifier le déroulement d’une réclamation sans faire partie du diagnostic initial.
Pour les employeurs, ce constat dépasse une simple nuance clinique. Il permet de comprendre pourquoi l’obésité peut influer sur la durée d’une invalidité, sur le rétablissement et sur le retour au travail, même lorsqu’elle n’est pas désignée comme la cause première de l’absence.
Elle constitue donc un facteur de risque. Selon nos propres estimations tirées de nos données internes, pour un groupe type de 500 personnes, l’obésité aurait entraîné en 2025 quelque 457 000 $ par année en coûts liés à l’invalidité et à la mortalité prématurée, sans compter les dépenses attribuables aux comorbidités.
Ce que les gens attendent des régimes d’assurance collective
L’essor rapide des médicaments contre l’obésité amène les promoteurs de régimes à accorder une attention accrue à cette condition. Le personnel veut avoir accès à ces médicaments, tandis que les employeurs en évaluent le coût et les risques. Dans de nombreuses organisations, la question n’est plus tant de savoir si la gestion du poids a sa place, mais quelle forme devrait prendre un soutien efficace.
Cette évolution est accentuée par les attentes des participants et participantes aux régimes. Selon un sondage que nous avons mené à l’échelle nationale en 2025, 55 % des personnes sondées estimaient qu’une assurance collective doit inclure des services de prise en charge de l’obésité, et 74 % participeraient à un programme soutenu par leur employeur si un tel programme était accessible, personnalisé et abordable2.
De plus, le sondage Benefits Canada sur les soins de santé 2025 relève que 65 % des participants et participantes disaient vouloir un accès à des médicaments pour la perte de poids dans le cadre de leur régime d’assurance collective3.
L’accès aux médicaments ne constitue toutefois pas une stratégie complète : sans soutien complémentaire, les personnes risquent d’interrompre leur traitement et de perdre les progrès accomplis.
Une intervention ponctuelle ne suffit pas
La prise en charge de l’obésité produit difficilement des résultats durables lorsqu’elle est épisodique. Le succès repose donc non seulement sur l’adhésion au traitement, mais aussi sur la capacité à agir sur des facteurs qui dépassent la nutrition ou la volonté individuelle. Les enjeux psychologiques ou sociaux, ou les contraintes pratiques, notamment, conditionnent la participation à la démarche et sa continuité.
Pour plusieurs, le premier obstacle consiste à savoir par où commencer. Une évaluation initiale permet alors de définir clairement le point de départ et la marche à suivre. Sans cette évaluation, une personne pourrait, par exemple, consulter une ou un diététiste sans tenir compte des comorbidités et des obstacles comportementaux qui favorisent les rechutes ou l’abandon.
Un programme peut ainsi susciter un intérêt initial sans produire de résultats durables. C’est pourquoi la participation à un programme à elle seule ne suffit pas. L’adhésion compte tout autant : l’adhésion aux traitements avec médicaments, mais aussi à l’ensemble des mesures de soutien qui favorisent un changement durable.
Les critères de réussite doivent également demeurer réalistes. Une amélioration, même modérée, peut déjà être significative sur le plan clinique : une perte de poids de 5 % à 10 % peut améliorer l’état de santé et contribuer à réduire les risques4.
Orienter, et non traiter
La prise en charge de l’obésité soulève deux questions pour les responsables des ressources humaines : jusqu’où l’employeur doit-il intervenir, et quel rôle devraient jouer les gestionnaires?

La limite est claire. Les équipes des ressources humaines et les gestionnaires n’ont pas à devenir des spécialistes cliniques. Leur rôle consiste plutôt à réduire les obstacles et à orienter le personnel vers les ressources appropriées.
L’employeur n’a pas à poser un diagnostic ni à prescrire un traitement. Il doit plutôt réduire les obstacles, combattre la stigmatisation et faciliter l’accès aux services et aux ressources. Cela passe par :
- Une communication plus claire
- Une meilleure information
- Une réduction de la stigmatisation
- Un accès plus simple aux ressources
- Une meilleure compréhension des services offerts et de leur complémentarité
Mesurer pour mieux intervenir
La prise en charge de l’obésité évolue rapidement. Les programmes de gestion du poids sont récents et les données probantes à leur sujet continuent de s’étoffer, notamment au Canada. Cela représente un défi pour les organisations.
Celles-ci peuvent néanmoins agir dès maintenant en favorisant une approche fondée sur les données. Ainsi, les assureurs peuvent leur fournir des renseignements anonymisés sur les causes d’invalidité, l’utilisation des médicaments et les habitudes de recours aux spécialistes de la santé. Les organisations peuvent ensuite les mettre en relation avec leurs propres indicateurs, comme les tendances d’absentéisme par poste ou par service, afin de repérer les risques émergents et de mieux cibler les mesures de soutien à mettre en place.
Ce croisement transforme les données en constats, puis les constats en décisions, ce qui permet de mieux cibler les mesures de soutien.
Les enjeux liés à l’obésité et à la gestion du poids sont l’occasion pour les promoteurs de régimes d’assurance collective de repenser leur approche visant à favoriser la santé globale. Les médicaments peuvent faire partie de la solution, mais ce sont les parcours de soins qui produisent de vrais résultats. L’enjeu n’est donc plus seulement la couverture d’assurance collective, mais la capacité à offrir un soutien intégré qui améliore la santé, qui soutient la productivité et qui réduit le risque d’invalidité à long terme.
Une première version de cet article a été publiée en février 2026 dans Human Resources Director.1 Le Quotidien — La prévalence de l'embonpoint et de l'obésité en hausse au Canada : nouveaux résultats de l'Enquête canadienne sur les mesures de la santé, 2022 à 2024
2 iA Groupe financier et la Fondation IUCPQ : Un partenariat audacieux pour transformer la gestion de l’obésité et la santé globale | iA Groupe financier
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