Meta, Metavers et Meta-fiasco! Quel avenir pour le monde virtuel et les technos?

La chute constante de la valeur boursière et du titre de Meta (Facebook) amène nos experts à se questionner sur l’avenir de cet univers virtuel qui était promis jusqu’à très récemment à un succès historique jamais vu. Ajoutez à cela les licenciements massifs récents dans le domaine des technologies… un véritable tremblement de terre secoue la Silicon Valley. Sébastien Mc Mahon et notre expert invité Jean-Pierre Chevalier analysent la situation.

Ashleay : Bienvenue au balado À vos intérêts! de iA Groupe financier dans lequel on discute de l'essentiel de l'actualité économique et de ses impacts sur vos finances. La chute des actions de Meta fait jaser et ça brasse à Silicon Valley. Qu'est-ce que ça veut dire tout ça? Vivrons-nous dans un jeu vidéo sous peu? Aujourd'hui, pour le balado, on reçoit en studio Jean-Pierre Chevalier, directeur senior, gestionnaire de portefeuille pour les actions américaines et placements thématiques, ainsi que Sébastien Mc Mahon, notre stratège en chef et économiste senior chez iA Groupe financier. Bonjour, Jean-Pierre, bonjour Sébastien.

Jean-Pierre : Bonjour Ashleay.

Ashleay : Salut, Ashleay!

Ashleay : Alors JP, on entend souvent parler d'un nouveau thème depuis quelques années : le métavers. Qu'est-ce que c'est? On dirait que je pense juste à des jeux vidéo.

Jean-Pierre : Oui, bien, c'est ça en ce moment, en fait. C'est le bon réflexe à avoir, je te dirais, parce que les plus grands métavers en ce moment sont sous forme de jeux vidéo. Donc quand on parle de métavers, c'est vraiment un environnement [numérique] où les gens vont généralement pour s'amuser en ce moment, et les plus grands exemples qu'on a présentement, autour de soit Grand Theft Auto ou bien non de Roblox, Fortnite, très populaires chez les jeunes. Quelques films également, Ready Player One, un excellent film que je recommande. Donc on est vraiment dans les balbutiements de ce que va devenir un métavers.

Sébastien : Oui, puis c'est bien de te voir aujourd'hui ici parce que t'es un gestionnaire de portefeuille, donc tu choisis des compagnies américaines. C'est des fonds thématiques, donc le style d'investissement thématique, peux-tu nous expliquer qu'est-ce que c'est de l'investissement thématique et pourquoi tu t'intéresses justement par la bande autant au métavers?

Jean-Pierre : Oui, bien sûr. Bien, l'investissement thématique, c'est vraiment d'investir autour des opportunités de croissance qu'on dit structurelles, donc moins influencées, si on veut, par les cycles économiques. Parmi les thèmes qu'on a identifiés, beaucoup tournent autour de l'Internet, mais on investit également dans la santé, autour de la transition énergétique, des thèmes comme ça, mais vraiment, là, j'ai toujours été fasciné par la croissance de l'Internet, puis la place que ça prend dans l'économie.

Sébastien : Puis je me rappelle, ça fait dix ans qu'on travaille ensemble, puis je me rappelle qu'on discutait il y a quelques années, je pense, pour bien illustrer ce que c'est l'investissement thématique, YouTube, Tik Tok, toutes ces plateformes-là qui fait en sorte que les jeunes adolescents prennent beaucoup d'informations là-dessus, dont comment bien se maquiller. Donc, un moment donné, tu m'expliquais que la montée de YouTube et de ce mouvement-là de popularité pour les cours de maquillage faisait en sorte que t'avais pris des positions dans une compagnie de fabricant de maquillage. Donc ça encapsule bien ce que c'est, l'investissement thématique.

Jean-Pierre : Tout à fait. Donc, c'est de trouver comment en bénéficier, soit de façon directe ou indirecte, donc, l'exemple que t'a donné, la compagnie Estée Lauder, pour ne pas la nommer, a très bien fait pendant plusieurs années parce qu'on a vu la croissance vraiment des ventes de cosmétiques augmenter de façon significative. Au début, on se demandait un peu pourquoi, on se dit « Oh, ça doit être un aspect particulier de ce cycle-là ». Puis, après avoir parlé aux clients, on s'est rendu compte que c'est vraiment l'utilisation des médias sociaux qui avait transformé la façon d'utiliser les cosmétiques, finalement.

Sébastien : Étant le père de deux adolescentes, je peux te confirmer que la montée de ça fait en sorte qu'on dépense beaucoup d'argent dans certains de ces magasins-là. Donc le métavers, est-ce que ça a déjà une présence économique forte?

Jean-Pierre : C'est une excellente question. Certains environnements ont déjà des dizaines de millions d'utilisateurs. On pense à Roblox avec 50 à 60 millions d'utilisateurs. Donc pour répondre à ta question, oui, définitivement, il y a déjà des compagnies qui valent, qui ont des valorisations de plusieurs milliards de dollars, qui ont une stratégie vraiment bâtie autour de cette idée du métavers. Par contre, en ce moment, je dirais que c'est un concept encore relativement immature. Moi je le vois dans le concept de l'évolution de l'Internet. L'Internet, donc on voit comment ça a évolué. Ça a surtout pris son envol avec l'arrivée des téléphones intelligents en 2008. Avant ça, l'arrivée du PC dans les années 90. En ce moment, on cherche un peu la prochaine évolution de l'Internet. Ça risque de tourner autour de ces espèces d'environnements là où on peut socialiser, avoir des échanges économiques significatifs. Mais je ferais l'argument qu'on n'a pas encore une application qui a vraiment accéléré l'adoption de ce genre d'environnement là au niveau large en termes d'utilisateurs.

Sébastien : Bien, peut-être, par exemple, des applications comme ça qui ont fait la différence par le passé.

Jean-Pierre : Oui, bien, tout à fait. Dans les années 90, c'est vraiment le courriel, le courrier électronique avec le PC. Maintenant, on pouvait connecter son PC à l'Internet, puis on pouvait s'envoyer des messages. Ça a tout changé. Le premier iPhone en 2007, quand il est sorti, succès commercial mitigé. Les gens l'oublient souvent. On recevait ça avec un écran, on se demandait quoi faire avec ça. Puis ce n'est pas avant qu'il y ait certains jeux dont Angry Birds, qui a vraiment été identifiée comme l'application qui a démontré vraiment l'utilité en termes de divertissement que les téléphones intelligents pouvaient avoir.

Ashleay : Je comprends, puis on parlait aussi, tu disais les échanges économiques dans le jeu en tant que tel, donc pour les gens qui seraient moins connaisseurs, un peu des jeux vidéo, des fois ça peut sembler un peu large. On parle de quoi? On parle d'achat de quoi en tant que tel?

Jean-Pierre : De plus en plus, on parle de microtransactions à l'intérieur des jeux. Donc vous vous rappelez, quand on était plus jeunes, on allait dans les magasins, on achetait un jeu de Super Nintendo 70, 80 $, on arrivait à la maison, on pouvait jouer. Maintenant, l'accès à ces jeux-là, dans certains cas, est gratuit. Dans d'autres cas, un coût très bas, et les utilisateurs à l'intérieur du jeu vont s'acheter soit des pièces d'équipement nécessaires pour continuer à l'évolution du jeu, soit de l'argent virtuel. Puis bien souvent, ça vient d'autres utilisateurs, donc d'autres utilisateurs qui font une espèce de commerce à l'intérieur du jeu. Donc vraiment une économie parallèle où plusieurs utilisateurs vivent carrément de ça.

Sébastien : Puis ce n'est pas juste l'exemple typique, tu parlais tantôt du film Ready Player One, qui est génial, là, ce n'est pas juste l'utilisateur typique qui est dans une petite pièce, un petit appartement et qui met ses lunettes, il prend ses joysticks, puis il vit dans un autre monde. Éventuellement, ça va être quasiment un miroir à la réalité.

Jean-Pierre : Tout à fait, tout à fait. Ce concept-là est souvent mis de l'avant pour expliquer le potentiel du métavers ou des métavers. C'est carrément d'avoir un monde miroir où chaque actif, où chaque bâtiment, chaque machine dans les compagnies manufacturières aurait son jumeau [numérique], carrément. Donc à partir de là, on peut faire beaucoup de choses, on peut faire des simulations, on peut avoir des villes [numériques], carrément, où on peut optimiser les patterns de trafic, la gestion de la ville en tant que telle. Donc beaucoup de potentiel en matière d'optimisation du monde réel à travers le métavers.

Ashleay : Je pense que tu mentionnais également, même pour le système de santé, pour tes architectes et compagnie, peux-tu nous donner quelques exemples supplémentaires de comment on pourrait utiliser le métavers dans un contexte professionnel?

Jean-Pierre : Tout à fait, tout à fait. Donc déjà les chirurgiens ont pris avantage d'un autre thème qu'on suit de près, qui est la robotique. Donc ils vont faire des chirurgies à l'aide de robots, mais on peut aller plus loin que ça et carrément faire de la formation pour les chirurgiens en devenir et même ceux qui le sont déjà pour pratiquer les interventions dans un monde virtuel. Au niveau des designers, des architectes, ça, c'est probablement la première application qui est déjà en train d'avoir une utilisation vraiment quotidienne. Pensez à un architecte qui fait le plan d'un bâtiment, d'un gratte-ciel. Avant, on parlait de design assisté par ordinateur, mais pensez à un design assisté par ordinateur avec une cartographie 3D, une représentation où l'architecte peut carrément voir à côté de lui les changements qu'il fait en temps réel. Donc beaucoup de potentiel à ce niveau-là également.

Sébastien : Puis d'entrée de jeu, on parlait de la compagnie Facebook qui a changé son nom pour Meta, donc elle a des ambitions assez importantes dans le métavers, puis les gestionnaires de portefeuilles, on sait que Meta, ça a perdu beaucoup de valeur depuis le sommet touché récemment. Donc une question qu'on se fait poser beaucoup et c'est pour ça qu'on voulait avoir un expert comme toi : est-ce que ça veut dire que le métavers, c'est quelque chose qui ne lève pas? Est-ce que ça veut dire que ce n'est pas le temps d'investir là-dedans?

Jean-Pierre : Hum. Deux excellentes questions. Premièrement, ce qui résumerait beaucoup le titre Meta, c'est l'incertitude. À ta première question, est-ce que le métavers ne lève pas? Je dirais qu’il est un peu trop tôt. Je qualifierais encore ça d'immature. Mais c'est aussi le problème de Facebook ou de Meta. C'est qu'ils ont mis au centre de leur pivot stratégique un thème d'innovation relativement encore, comme je disais, immature. Autrement dit, promettre des dépenses fulgurantes de plusieurs milliards de dollars tout en n’étant pas capable de promettre une conclusion si on veut, qui va satisfaire les actionnaires, donc une conclusion qui se traduit en des milliards de dollars de revenus. Autrement dit, ils ne savent pas qu'est-ce qui va arriver avec tous ces investissements-là. Ça, les actionnaires n’aiment pas ça. Ce ne serait pas tant un problème si c'était une aspiration à long terme et que leur business actuelle n'était pas en train de vraiment tomber du haut du haut d'une falaise. Il y a d'autres éléments, sans trop rentrer dans les détails, qui font que Facebook a perdu plus de 20 milliards de dollars pratiquement en quelques mois. Rapidement, la compétition avec l'arrivée de Tik Tok a forcé Facebook de changer sa façon d'offrir de la publicité d'une façon qui sous-monétisée par rapport aux stories, par rapport aux feed traditionnels. L'autre élément, c'est les changements structurels que Apple a faits par rapport à la capacité de cibler les utilisateurs entre les applications sur la plateforme iOS. Ça, ça a été vraiment, ça fait très mal à Facebook, qui sont encore en train de travailler pour repositionner leur modèle d'affaires.

Sébastien : OK, donc tout ça, c'est, un, c'est intéressant. On ne sait pas encore exactement quelle forme ça va prendre. Le métavers, on sait que ça s'en vient, éventuellement, ça va être partout, puis investir là-dedans aujourd'hui, ce n'est pas clair, mais on sait qu'il y a beaucoup d'argent qui va se faire dans cette thèse d'investissement là.

Jean-Pierre : Je pense que oui. Je pense qu'il y a des opportunités de le jouer de façon indirecte au travers des équipements de réseaux, des semi-conducteurs. En bout de ligne, il faut voir ça, comme je disais un peu plus tôt, là, dans le contexte de l'évolution de l'Internet. Donc, on peut faire le pari qu'Internet va continuer d'évoluer, continuer de prendre de la place. Ça va prendre encore beaucoup plus de trafic, beaucoup plus d'équipements, peu importe la forme que ça va prendre. Donc, de cette façon-là, comme je parlais, l'industrie des semi-conducteurs, par exemple, est une façon très intéressante de jouer ça à moyen long terme.

Ashleay : Super! Merci beaucoup, Jean-Pierre, et merci aussi Sébastien. Alors, n'oubliez pas de vous abonner à notre balado si vous appréciez notre travail.

À propos

Sébastien Mc Mahon s’est joint à l’équipe économique de iA Groupe financier en janvier 2013. Au cours de sa carrière, M. Mc Mahon a occupé divers postes au sein d’institutions financières de premier plan, notamment au ministère des Finances du Québec et à l’Autorité des marchés financiers.

M. Mc Mahon agit également à titre de vice-président, allocation d'actifs, et gestionnaire de portefeuilles de notre filiale iA Gestion de placements inc. (iAGP), avec des actifs frôlant les 15 milliards de dollars. Enfin, M. Mc Mahon est aussi membre du comité d’allocation d’actifs de la firme.

Sébastien Mc Mahon

Économiste sénior et stratège en chef

Ce balado ne doit pas être copié ou reproduit. Les opinions exprimées dans ce balado reposent sur les conditions actuelles de marché et peuvent changer sans préavis. Elles ne visent nullement à fournir des conseils en matière de placement. Les prévisions données dans ce balado ne sont pas des garanties de rendement. Elles impliquent des risques, des incertitudes et des hypothèses. Bien que ces hypothèses nous paraissent raisonnables, il n’y a aucune assurance qu’elles se confirment.

Cours des actions

2022-12-02 12:00 HNE
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